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  • A quoi a servi ce long amour?

Cesare Pavese, 26 mars 1938, Le métier de vivre

  • Tu es seul et tu le sais. Tu es né pour vivre seul sous les ailes d'un autre, soutenu et justifié par un autre, mais qui soit assez gentil pour te laisser faire le fou et te laisser croire qu'il suffit de toi seul pour refaire le monde.

Cesare Pavese, 12 Avril 1947, Le métier de vivre

  • Il comprend que c'est lui, - qu'il est seul - et qu'il s'éprend de son visage. Autour, un azur vide, que ses bras pâles crèvent, tendus par le désir à travers l'apparence brisée, et qui s'enfoncent dans un élément inconnu.

André Gide, Le traité du Narcisse

  • _ Pourquoi partir alors, Luc - dit Rachel; à quoi sert de se mettre en route? N'êtes-vous pas toute ma vie?

_ Mais vous, Rachel, dit Luc - vous n'êtes pas toute la mienne. Il y a d'autres choses encore.

André Gide, La tentative amoureuse

  • NÉOPTOLÈME : Ulysse, je te hais. Mon père m'apprit à ne jamais me servir de la russe.

ULYSSE : Elle est plus forte que la force; celle-ci n'attend pas. Ton père est mort, Néoptolème; je suis vivant.

NÉOPTOLÈME : Et ne disais-tu pas qu'il valait mieux mourir?

ULYSSE : Non qu'il valait mieux, mais qu'il était plus aisé de mourir. Rien n'est trop malaisé pour la Grèce.

André Gide, Philoctète

  • L'aube, qui commence de pénétrer

dans le palais, éclaire faiblement Joab et perment de distinguer, derrère lui, une femme voilée.

Qu'est-ce donc que tu traînes après toi, dans l'ombre et tout en deuil ...?

Bethsabé ...! Va-t'en! Remporte-la! je t'ai dit que je ne veux plus la voir ...

Je la hais!

André Gide, Bathsabé

  • Je suis un chien: je bâille, les larmes roulent, je les sens rouler. Je suis un arbre, le vent s'accroche à mes branches et les agite vaguement. Je suis un moche, je grimpe le long d'une vitre, je dégringole, je recommnece à grimper. Quelquesfois, je sens je sen la caresse du temps qui passe, d'autres fois - le plus souvant - je le sens qui ne passe pas. De tremblentes minutes s'affalent, m'engloutissent et n'en finissent pas d'agoniser; croupies mais encore vives, on les balaye, d'autres les remplacent, plus fraîches, tout aussi vaines; ces dégoûts s'appellent le bonheur; ...

J-P Satre, Les mots

  • Il l'a complètement perdu; c'est comme s'il n'avais jamais existé. L'autre disait vouloir se soustraire à ces plaisirs flétrissants et malsains (ah! volupté de la honte et de la flétrissure ! ); l'autre disait qu'il était encore temps de s'y soustraitre.

Constantin Cavafy, Dans le désespoir, 1923

  • Les désirs qui passèrent sans être accomplis, sans avoir obtenu une des nuits du plaisir ou un de ses lumineux matins, ressemblent à de beaux cadavres qui n'ont pas connu la vieillesse, et qu'on a déposés en pleurant dans un magnifique mausolée, avec au front des roses et aux pieds des jasmins.

Constantin Cavafy, Désirs, 1911

  • CALIGULA : Qui te dit que je ne suis pas heureux?

CAESONIA : Le bonheur est généreux. Je ne vit pas de destructions.

CALIGULA : Alors, c'est qu'il est deux sortes de bonheurs et j'ai choisi celui des meurtriers. Car je suis heureux. Il y a eu un temps où je croyais avoir atteint l'extrémitè de la douleur. Eh bien! Non, on peut encore aller plus loin. Au bout de cette contrée, c'est un bonheur stérile et magnifique. Regarde-moi. (Elle se tourne vers lui) Je ris, Caesonia, quand je pense que, pendant des années, Rome tout entière a évité de prononcer le nom de Drusilla. Car Rome s'est trompée pendant des années. L'amour ne m'est pas suffisant, c'est cela que j'ai compris alors. C'est cela que je comprends aujourd'hui encore en te regardant. Aimer un être, c'est accepter de vieillir avec lui. Je ne suis pas capable de cet amour. Drusilla vieille, c'était bien pis que Drusilla morte. On croit qu'un homme souffre parce que l'être qu'il aime meurt en un jour. Mais sa vrais souffrance est moins futile: c'est de s'apercevoir que le chagrin non plus ne dure pas. Même la douleur est privée de sens. Tu vois, je n'avais pas d'excuses, pas même l'ombre d'un amour, ni amertume de la mélancolie. Je sui sans alibi. Mais aujourd'hui, me voilà encore plus libre qu'il y a des années, libéré que je suis du souvenir et de l'illusion. (Il rit d'une façon passionnée.) Je sais que rien ne dure! Savoir cela! Nous sommes deux ou trois dans l'histoire à en avoir fait vraiment l'expérience, accompli ce bonheur dément. Caesonia, tu as suivi jusqu'au bout une bien curieuse tragédie. Il est temps que pour toi le rideau se baisse.

Caesonia, pour parfaire enfin la solitude éternelle que je désire.

Albert Camus, Caligula

  • ... temps perdu

M. Proust



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Updated: 2002/01/07 Author: Gnod-Multiple